Mardi 26 février

  Quand j’arrive ce matin, le temps est printanier. Ce sont les vacances scolaires et pour la première fois, je vois des enfants s’amuser sur l’aire de jeux de la cité. Près d’eux, des mères et des sœurs bavardent, leurs visages tournés vers le soleil. Un groupe de stagiaires, les FLE (français langue étrangère), travaille avec une formatrice et un photographe sur des portraits et les constellationsretraçant leurs parcours depuis leurs pays d’origine. Cela fera début juillet l’objet d’une exposition dans le cadre des rencontres de la photographie à Arles, où ils partiront quelques jours. Je leur propose d’écrire aujourd’hui autour d’un pays, le leur ou celui qu’ils auront choisi. Ils peuvent opter pour un portrait chinois, un haïku ou une carte postale. Des roses ou du jasmin, du couscous ou du riz au lait, un pommier ou un banian, du cuir ou de l’or, les pays par bribes se dessinent. Les jeunes cherchent du vocabulaire dans un lexique ou sur leur téléphone, ils me montrent la photo d’un arbre que je ne connais pas, ils veulent être justes, précis. Je lis leurs textes et admire leurs constellations, fils tendus, attaches parisiennes et paillettes sur papier canson. L’exposition promet d’être belle.   

  Après le déjeuner, j’accueille un nouveau groupe, trois stagiaires seulement. Lorsque je me présente, je me sens plus assurée qu’au début. Ce qui m’apparaissait en novembre comme une contrainte – l’entrée et la sortie de jeunes chaque mois – me semble aujourd’hui très joyeux. J’ignore qui est en face en moi, nous avons un peu de temps pour apprendre à nous découvrir. Cet après-midi, l’un est très volubile tandis qu’une autre s’endort sur la table après avoir terminé son texte. Est-ce mon rôle de lui demander de se relever ? Je ne sais rien d’elle, de son quotidien, du temps qu’elle met pour venir à l’école le matin, peut-être est-elle si épuisée qu’elle a besoin de fermer les yeux un instant. Je la laisse se reposer quelques minutes puis je lui demande de lire ce qu’elle a écrit. Il me semble alors qu’il n’y a que cela qui compte, le temps qu’elle a pris pour se souvenir et les quelques mots posés sur le papier ligné.   

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