Mardi 12 février

Il est plus tôt que les autres semaines quand je monte dans le RER, bondé. La proximité, le bruit, la chaleur, tout m’agresse ce matin. Alors que d’ordinaire, ceux qui écoutent de la musique sur leur Smartphone, semblant parfaitement imperméables à ce qui les entoure, m’agacent un peu, je sens qu’aujourd’hui je suis comme eux. J’ai besoin d’une bulle. Légère, douce. Dans mes oreilles, Angèle, que ma fille écoute en boucle et qui me donne envie de chanter. J’ôte mon casque en arrivant dans la cité. Le silence. Et des oiseaux, leur chant dont je me réjouis chaque mardi, leur chant que j’entends si rarement à Paris.

Après une réunion pour commencer à envisager la fin de la résidence et la restitution du travail des stagiaires, je retrouve les jeunes dont j’avais la dernière fois oublié les cahiers. Quand je leur donne la consigne, certains semblent inspirés mais d’autres ont plus de mal à se lancer. Je sais que ce que je leur demande est difficile : écrire et parler de soi. Écrire quand on lit peu, quand on ne lit pas. Écrire quand on a l’impression d’être nul en grammaire, en orthographe. Parler de soi quand on se tait souvent, se confier quand on a plutôt l’habitude d’enfouir, de garder. Je passe voir chacun. Les textes que je découvre sont beaux, généreux. Je leur dis, je les remercie. Pourtant, peu de stagiaires acceptent de lire à haute voix. Je suis un peu déçue mais je n’ai pas envie d’insister. Ce sera comme un secret entre eux et moi, puisque je ramasse les cahiers à la fin.

À la radio, un comédien déplore le fait que dans cinquante ans, nos sms et autres e-mails se seront évanouis dans la stratosphère. Il ne restera de nous que peu de traces écrites. Il évoque la beauté des lettres, encourage les auditeurs à prendre la plume. En l’écoutant, je pense à ces cahiers. Les prénoms sur la couverture. Les écritures, rondes, penchées, serrées. Les petits dessins dans la marge, les ratures. Les mots sur le papier, ce que les jeunes ont choisi de raconter. J’ignore encore ce que l’on en fera mais je sais que rien ne se perdra.

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