Mardi 5 février

  

Dans la salle ce matin, ils sont cinq, trois filles et deux garçons. Je leur propose un atelier autour de quelqu’un qui compte ou a compté pour eux. Ils ouvrent leurs cahiers et très vite se mettent à écrire, sans hésiter. J’aime les voir penchés sur leur feuille de papier, concentrés. De temps en temps, ils relèvent la tête pour réfléchir ou tournent les pages pour relire ce qu’ils ont écrit lors des séances précédentes. Les minutes passent, je suis parfois un peu gênée, je ne sais pas bien quoi faire ni où regarder. Je ne veux pas leur donner l’impression que je les observe. Je pense à la solitude dont j’ai besoin pour écrire. Être seule pour retrouver des détails, des sensations. Alors je regarde ailleurs, je fais mine d’être absorbée dans une lecture ou perdue dans mes pensées. 

  En début d’après-midi, nous préparons avec trois groupes de jeunes un atelier à venir avec un dessinateur sur la bande dessinée. Une stagiaire passionnée nous parle des mangas, les différents genres, les codes à maîtriser pour les lire sans difficultés. À la fin, elle nous montre quelques-uns de ses dessins à l’encre, au feutre ou au crayon. C’est beau. Tout le monde applaudit. Pourtant, elle semble dubitative quand je lui glisse en partant qu’elle a du talent. 

  Lorsque je sors de l’école, le ciel est bleu, l’air est doux. Pour la première fois, on sent que le printemps sera bientôt là. Un mot me vient en marchant : la confiance. Celle que m’accordent les jeunes quand ils livrent dans leurs textes des souvenirs très personnels. Celle qui les lie les uns aux autres quand ils acceptent sans réticence de lire à haute voix. Celle qui me manque parfois : est-ce que je sais recevoir ce qu’ils me confient ? Est-ce que le regard que je pose sur eux les embarrasse ? Et celle qui leur manque si souvent. Avoir peur de faire des fautes, de n’avoir pas compris, se dévaloriser, ne pas vouloir mettre pas ses talents en avant.  

 Je me souviens de l’appréciation d’une enseignante sur une de mes rédactions de quatrième  ou, quelques années plus tard, des encouragements d’un écrivain répondant à une lettre que je lui avais envoyée. Grâce à eux, j’entrevoyais ce qui était possible. Aujourd’hui, j’aimerais être celle qui apporte cette confiance. Donner à ces jeunes filles et à ces jeunes garçons la possibilité, même fragile, de croire en eux, leur faire sentir qu’ils me touchent et que leurs histoires, leurs souvenirs, leurs rêves, comptent.

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